C’est maintenant l’ensemble de la politique de santé et d’environnement qui doit être repensé.

 La nouvelle Ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, a soumis ce mardi 29 avril au Conseil National de la Transition Écologique (CNTE) la Stratégie Nationale Perturbateurs Endocriniens (SNPE) mettant ainsi fin au blocage du texte et ce depuis son adoption, en juin dernier, à l’unanimité du groupe de travail réunissant les parties prenantes. Le RES salue l’adoption à la quasi-unanimité[1] de cette stratégie ainsi que la réintégration de la santé environnementale dans la conférence environnementale[2].

Ce texte représente une avancée remarquable en reconnaissant « l’importance de la question des perturbateurs endocriniens en matière de risques pour la santé publique et l’environnement ». Il reconnaît que protéger la santé et l’environnement n’est pas un frein, mais au contraire une chance pour l’emploi en insistant « sur les opportunités pour l’innovation et les leviers de compétitivité qu’ouvre et accompagne cette stratégie » et en recommandant d’inclure la substitution dans les « dispositifs prévus dans le deuxième programme d’investissements d’avenir ».

Une avancée fruit de l’action du RES et de ses membres.

Le RES n’a pas été le seul acteur, mais son action a été déterminante pour faire sortir la question des perturbateurs endocriniens des seules sphères scientifiques et la porter dans le débat public. Cela a abouti à l’interdiction du bisphénol A dans les biberons en 2010 puis dans les contenants alimentaires en 2012. Le RES avait alors demandé que, plutôt que de réglementer substance par substance, la France se dote d’une stratégie pour prendre en charge le problème dans son ensemble. Voilà qui est fait. L’enjeu est maintenant de décliner ces principes dans toutes les politiques publiques, en priorité celle touchant à la protection de la santé et de l’environnement. C’est ce que prône le texte.

Faire face à l’épidémie de maladies chroniques, une priorité pour la politique de santé.

Depuis la finalisation du texte de la SNPE en juin, les données scientifiques n’ont fait que confirmer l’importance de la question des perturbateurs endocriniens. Les plus importantes sont peut-être celles publiées en décembre 2013 par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), sur le site Globocan[3], montrant que la France métropolitaine est devenue le 1er pays au monde pour les cancers hormono-dépendants (cancer du sein, de la prostate et du testicule). La principale hypothèse explicative est, par définition, celle des perturbateurs endocriniens. Les preuves scientifiques s’accumulent pour démontrer, outre dans les cancers hormono-dépendants, l’implication des perturbateurs endocriniens dans le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, les troubles de la reproduction et les troubles du comportement. « Les données de la Sécurité Sociale montrent qu’en 20 ans le diabète a progressé 5 fois plus vite que le vieillissement, les maladies cardiovasculaires et le cancer 4 fois plus vite, la baisse de la qualité du sperme a été de 30 % entre 1989 et 2005 » rappelle André Cicolella. « Éliminer les perturbateurs endocriniens de notre environnement est une première réponse pour faire reculer cette épidémie. Il faut donc réorienter la Stratégie Nationale de Santé et les plans de santé publique en ce sens ».

Le RES demande que :

–  les ONG porteuses de cette thématique soient membres à part entière du Conseil National de la Transition Écologique.

–  la santé environnementale soit un axe majeur de la stratégie nationale de santé tout comme de la stratégie nationale de recherche et soit dotée de financements à la hauteur des enjeux.

–  la politique de protection des milieux soit conçue en intégrant le changement de paradigme des perturbateurs endocriniens.


[1] Seuls les syndicats CGT et FO se sont abstenus.

[2] Exclue en 2013, la santé environnementale réintegre les thématiques de la conférence environnementale qui aura lieu les 2 et 3 octobre 2014. Les autres thématiques confirmées sont mobilité, croissance verte et climat.

[3] Site Globocan : http://globocan.iarc.fr/