2050 : 33e anniversaire de la santé environnementale

 

Pour André Cicolella, président du Réseau Environnement Santé (RES) et lanceur d’alertes, la santé représente le quatrième pilier du développement durable, la quatrième crise écologique (comparable à la crise climatique). Il faut agir aujourd’hui pour construire la santé de 2050.

 

Diagnostiquer la crise sanitaire actuelle

« Catastrophe imminente », selon l’annonce de l’OMS en 2011, la crise sanitaire est due à l’épidémie émergente de maladies non transmissibles (maladies cardiovasculaires [MCV], respiratoires, cancer, etc.), dans les pays à revenus élevés et intermédiaires, où la proportion de maladies chroniques ne fait qu’augmenter par rapport aux maladies infectieuses. Sachant que les MCV et le cancer sont devenus les principales causes de mort et de handicap, l’OMS s’est donné, en 2015, l’objectif de diminuer la mortalité liée aux maladies chroniques de 25 %. Cette annéelà, la légère diminution de la progression de l’espérance de vie (de 0,3 an pour les femmes et 0,4 an pour les hommes) observée en France marque pour André Cicolella le commencement d’une inversion de tendance. Dans les pays développés, la morbidité liée aux maladies non transmissibles a augmenté ; en France, la prévalence des affections longue durée a augmenté de 270 % en vingt ans (or les personnes en ALD ont une mortalité multipliée par 2,9 par rapport aux autres). Par ailleurs, le diabète progresse six fois plus vite que le changement démographique. Obésité et surpoids ont doublé entre 1980 et 2008, avec un rajeunissement des populations concernées. À signaler, quelques disparités régionales : + 131 % d’accidents vasculaires cérébraux en dix ans en Alsace (patients de plus en plus jeunes), + 88 % de diabète en dix ans en Poitou-Charente. La progression attendue du cancer, surnommé « maladie du PIB », devrait être de 69 % d’ici 2030 ; en tête pour tous les cancers : le Danemark, l’Australie, puis la Belgique (en tête pour le cancer du sein), la Norvège (en tête pour le cancer de la prostate) et, à l’opposé, le Bhoutan détient le taux le plus faible pour ces deux cancers. Asthme et allergies progressent dans tous les pays, ainsi que les maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, et ce bien audelà du vieillissement démographique). Et les inégalités sanitaires croissent dans 17 des 22 pays de l’OCDE.

Des maladies aux causes environnementales

Avec la redécouverte de l’épigénétique, l’impact de l’environnement sur l’expression du génome est de plus en plus mis en avant
(la loi de santé 2016 fait même référence à l’exposome !). Face à ce changement de paradigme scientifique, on peut espérer agir en accentuant la prévention aux périodes les plus sensibles du développement, notamment la gestation (exposition intra-utérine). La lutte contre les cancers passe par d’autres enjeux que les seuls tabac et alcool (qui ne suffisent pas à expliquer l’augmentation du cancer du sein, qui interagit avec la contraception, le THS, les perturbateurs endocriniens, le travail de nuit, etc.) : aliments riches en graisses, en sucres et en sel, sédentarité, substances toxiques, perturbateurs endocriniens (bisphénol, DDT, phtalates, PCB ou organismes organochlorés, pour lesquels la France a été le premier pays a adopté une stratégie nationale), effets des hormones thyroïdiennes et du métabolisme (facteur amplificateur de l’obésité et du diabète). Sans oublier la prévention au travail : seulement 52 pays ont interdit l’amiante !

Penser la ville de demain pour construire la santé de demain

Face au développement anarchique des mégalopoles (un habitant sur trois vit en bidonville), et au lien établi entre pathologies cardiovasculaires et respiratoires, perte d’espérance de vie et pollution atmosphérique, l’enjeu est de vivre dans des « villes santé », à reverdir non seulement pour lutter contre la crise climatique mais aussi, comme à Toronto, pour diminuer le taux de diabète et lutter contre l’inactivité physique. André Cicolella fait le parallèle entre la situation actuelle et la fin du XIXe siècle, où des actions sur l’environnement, l’eau, les égouts, les déchets (grâce au préfet Poubelle) ont permis la maîtrise des maladies infectieuses, les droits sociaux et l’amélioration de l’habitat. Il appelle de ses vœux une grande loi de santé environnementale (qui ne serait pas seulement du ressort du ministère de la Santé) pour améliorer la qualité de l’eau, de l’air, et lutter contre la sédentarité, améliorer les droits sociaux et l’éducation. Et, complétant la définition de l’OMS, pour que la santé soit la traduction de la qualité de la relation de la personne humaine à son écosystème.